L’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud : tel est le point de départ qu’a choisi l’équipe d’Emmenez-moi pour son périple musical sur l’ancien continent!

Et pour ce premier voyage de l’année, on laisse Chloé et Jeanne nous guider : étudiantes en urbanisme et en politique de la ville, elles y ont toutes les deux fait un échange universitaire pendant leur troisième année à Sciences Po… avant d’y retourner dès l’année suivante.

Première étape du voyage, la ville très étalée de Johannesburg, ses 7 millions d’habitants, et sa scène musicale bien sûr.

Vue sur Johannesburg – © Chloé Malavolti

Chloé nous balade dans les quartiers dynamiques de Melville, juste à côté de l’Université de Johannesburg et Braamfontein, le quartier hype à côté de la Wits University, où l’on peut notamment trouver pas mal de bars 😉

Elle évoque aussi Maboneng, quartier qu’elle connaît bien puisqu’elle y a passé beaucoup de temps à mener un projet de développement urbain. Maboneng était un quartier de travailleurs en plein centre-ville, désindustrialisé et connu pour son insécurité, jusqu’à ce que Jonathan Lidman décide de racheter des bâtiments pour les rénover. Le quartier est aujourd’hui cité en exemple de renouvellement urbain, avec un brassage de populations inédit depuis la fin de l’apartheid.

Street art, à Maboneng - © Chloé Malavolti

Street art, à Maboneng – © Chloé Malavolti

Street art, à Maboneng – © Chloé Malavolti

 

 

 

 

 

 

 

Vingt-cinq ans après cet événement historique, on a voulu savoir si la ségrégation se faisait encore sentir à Johannesburg. Selon Chloé, la ville reste ségrégée, autant racialement que socialement, même si la mixité commence à apparaître dans des quartiers étudiants ou à régénération urbaine. Jeanne nous parle ainsi du quartier panafricain de Yeoville (qu’elle a habité pendant un mois), composé à plus de moitié d’immigrés principalement d’Afrique et presque exclusivement habité par des Noirs, alors qu’ils étaient à peine tolérés jusque dans les années 1970.

La question se pose notamment dans les universités. A UCT, université de Cape Town où Jeanne a passé son année, la population noire représente la moitié des étudiants. Si le progrès est notable depuis la fin de l’apartheid, la question des quotas raciaux fait toujours l’objet de débats entre syndicats concernant les processus d’admission : les Blancs sont en effet surreprésentés compte tenu de leur proportion dans la population sud-africaine. Une situation qui ne se vérifie pas forcément ailleurs, puisqu’à seulement 15 km de UCT, l’Université de Western Cape accueille une majorité d’étudiants noirs. Chloé note d’ailleurs que les universités à Johannesburg se vident des étudiants blancs qui partent à UCT, Stellenbosch ou à l’international.

L’université de Johannesburg, auparavant afrikaans, compte quant à elle beaucoup d’étudiants internationaux, notamment africains. Une des principales difficultés rencontrées par les étudiants sud-africains selon Chloé est de l’ordre linguistique : l’Afrique du Sud compte en effet 11 langues officielles, et si l’anglais, l’afrikaans et le khosa sont les langues les plus parlées à Cape Town, le zulu et le swahili sont majoritaires à Johannesburg. Beaucoup de jeunes doivent donc apprendre l’anglais en arrivant à l’université.

On a également parlé de musique bien entendu, afin d’avoir le ressenti de nos deux invitées sur la scène sud-africaine. D’après Chloé, la production musicale locale s’est révélée être variée et dynamique. Si l’industrie est bien en place, la représentation des artistes se fait peut-être moins par clubs et salles de concerts que par la rue, avec notamment les sheebens, bars illégaux qui animent les townships. Là encore, elle note des particularismes communautaires dans le rapport à la musique : le hip-hop et l’afro-house, notamment écoutés dans les townships, sont par exemple des musiques très populaires. Rien à voir avec ce à quoi elles étaient habituées à Paris, où la house résonne surtout dans les clubs. Reste que la musique est très présente à Johannesburg comme à Cape Town, au même titre que la danse.

Chloé nous raconte que le quartier de Sofiatown, aujourd’hui résidentiel, a connu une effervescence culturelle importante sous l’apartheid. Alors multiculturel (en partie du fait d’une moindre régulation des terres), Sofiatown était un lieu de musique jazz, de concert et de théâtre, jusqu’à ce que les gens du quartier soient expulsés en 1955 sous le coup des lois ségrégationnistes.

Après un petit crochet par Pretoria par le Gautrain (contraction de Gauteng, la province de Johannesburg, et de train), on part pour Cape Town, située à l’extrême sud-ouest du pays. Si la ville est à 2 heures d’avion de Joburg, le bus permet de découvrir le reste du pays. Nos guides conseillent la magnifique route vers Durban et pour les amateurs de randonnée, le Lesotho, avec notamment la chaîne de montagnes du Drakensberg. Après, mis à part le trou minier de Kimberley, la route risque de sembler un peu longue (12-14h de bus entre Joburg et Cape Town) jusqu’à la région du Cap-Occidental. Destination internationale d’escalade, Rocklands se situe à trois heures de route de Cape Town. Entre Johannesburg et le Swaziland, la région de Mpumalanga abrite également des bons spots d’escalade.

Ville entre mer et montagne à l’atmosphère méditerranéenne, Cape Town n’a pas grand-chose à voir avec Johannesburg, à tel point que Chloé et Jeanne parlent de « deux pays différents ». En ville, Chloé recommande le jardin Kirstenbosch pour la diversité de ses plantes et fleurs, tandis que Jeanne encourage fortement à monter jusqu’à The Lion’s Head, petite colline devant la montagne de la Table. Après une randonnée courue, mais facile s’offre à vous une magnifique vue sur la ville, la montagne et l’océan.

Vue sur la baie de Cape Town - © Jeanne Byt

Vue sur la baie de Cape Town – © Jeanne Byt

Pour les amateurs de festivals, Rocking the Daisies a lieu chaque année début octobre autour de Cape Town. A Johannesburg, rendez-vous à Zoo Lake pour le festival Jazz on the Lake. Et si vous voulez en profiter pour voyager, Oppikoppi se déroule dans le Limpopo, province la plus au nord de l’Afrique du Sud ; tandis que l’Afrika Burn, véritable Burning Man sud-africain se déroule sur une semaine dans la ville éphémère de Tankwa Town, dans le désert du Karoo.

Soweto 2

Dans les rues de Soweto – © Chloé Malavolti

Soweto 4

Dans les rues de Soweto – © Chloé Malavolti

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, côté cuisine, si vous voulez profiter d’un bon braï ce barbecue au feu de bois qui animent toutes les communautés sud-africaines, rendez-vous à Soweto : vous aurez l’occasion d’y voir des artistes se produire! Et pour accompagner votre viande de pap, plat traditionnel fait à partir de farine de maïs. Chloé a rapporté la recette du chakalaka, sorte de « ratatouille épicée », tandis que Jeanne conseille pour le dessert, un gâteau au caramel : le malva pudding.

 

PLAYLIST JOHANNESBURG

  • Miriam Makeba – African Sunset

Surnommée Mama Africa, Miriam Makeba est une chanteuse de jazz et activiste politique très connue originaire de Johannesburg. 

  • Brenda Fassie – Vulindela

Aussi une chanteuse très connue pour son activisme pendant l’apartheid, Brenda Fassie est une figure de proue du kwaito, mouvement hip-hop issu des townships de Johannesburg.

  • BLK JKS – Summertimes

Formé au début des années 2000, BLK JKS (lire Blacks Jacks) est un groupe de rock sud-africain. Leur EP Mystery est sorti en 2009, contrairement à ce qui est indiqué dans l’émission.

  • Motel Mari – Just Like a King

Motel Mari est un projet monté par l’Américain João Orecchia, installé à Johannesburg depuis 2004 et qui rencontre les membres de BLK JKS, avec qui il s’allie.

  • The Very Wicked – Winter Baby

The Very Wicked est un groupe de rock psychédélique de Johannesburg. Héritiers de la scène psyché des années 70, ils organisent des psych nights pour la raviver.

  • Desmond & the Tutus – Pretoria Girls

Autre groupe de rock sud-africain, Desmond & the Tutus vient de Pretoria mais est installé à Johannesburg. Le nom du groupe est un hommage à l’archevêque Desmond Tutu récompensé par le Prix Nobel de la Paix en 1984 pour sa lutte contre l’apartheid.

  • The Brother Moves On – Rainbow Child

The Brother Moves On est un collectif d’artistes engagé dans les luttes de la société sud-africaine post-apartheid.

  • DJ Mujava – Township Funk

Cette chanson emblématique a fait connaître la musique électronique sud-africaine au-delà de ses frontières.

  • DJ Spoko feat. Magaula & Puzuzu – Azange

DJ Spoko est le papa de la bacardi house, sorte de house accélérée avec une batterie bien sentie.

  • Spoek Mathambo – Control

Artiste de renommée internationale, Spoek Mathambo est un des fers de lance de la scène actuelle de Johannesburg. Il a signé sur le label de feu Nirvana, Sup Pop.

  • Okmalumkoolkat – Allblackblackkat

Aux côtés de Spoek Mathambo et de Dirty Paraffin (avec qui il a un projet parallèle), Okmalumkoolkat représente la relève à Johannesburg. Il a notamment été repéré par Diplo.

  • Mafikizolo ft Uhuru – Khona

Très populaire en Afrique du Sud, cette chanson traite du droit des minorités en Afrique du Sud, notamment zulus.

 

PLAYLIST CAPE TOWN

  • Die Antwoord – Baby’s on Fire

OVNIs de la scène rap, le groupe se décrit lui-même comme « une adorable entité bâtarde issue de l’amour de plusieurs cultures, noires, blanches, colorées » et s’inscrivent dans la contre-culture zef.

  • Petite Noire – Noirse

Yannick Llunga, né à Bruxelles de parents congolais et angolais, a grandi et vit encore aujourd’hui en Afrique du Sud. Son premier album sort en 2013, The Guardian parle de « Joy Division chez Paul Simon ».

  • Jumping Back Slash – Like We Do

Référence explicite à la chanson des Stones, Jumping Back Slash propose selon leurs propres termes de l' »Afrotronical Space Music ».

  • Christian Tiger School – Everglades

Originaire du Cap, Christian Tiger School est un duo de hip-hop expérimental chill et psychédélique, signé sur le label Bombaada.

  • Freshly Ground – Chicken to change

Chanson résolument anti-Mugabe, on vous conseille d’aller voir le clip, qui fait intervenir des puppets de ZA News, équivalent sud-africain de nos Guignols.

  • Outro : Sixto Rodriguez – Sugar man

Sixto Rodriguez a fait l’objet du documentaire Searching for Sugar Manqui retrace l’incroyable histoire de ce musicien originaire de Détroit, très populaire en Afrique du Sud, ce qui a poussé les deux disquaires tenanciers de Mabu, au Cap, à le retrouver.

Pour plus de musique sud-africaine, on vous conseille :

  • la playlist de Chloé

  • la super émission de Globe Digger consacrée à l’Afrique du Sud

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